TI VANOUSSE
(Conte de la Martinique)
Il y a de cela très très longtemps, à la Martinique, une jeune et jolie maman venait de mettre au monde, dans sa petite case, un garçon bien portant, très souriant et à l'œil vif. Il n'y avait pas cinq minutes qu'il était né que déjà il se mit
à parler :
- Bonjour maman, c'est Vanousse.
Et oui, il savait parler et sa voix était déjà bien grave.
Puis, Ti Vanousse se leva, sortit de la case, respira un grand coup, regarda le soleil et en rentrant, dit à sa mère :
- Maman… maman, j'ai très faim !
Sa maman lui prépara de la bouillie avec de la farine de toloman et du lait. Vanousse avala tout le contenu de la casserole et en riant dit encore à sa mère :
- Ce plat est pour les bébés maman, et tu vois bien que je n'en suis plus un !
Imagine un peu la surprise de la maman. Sans trop réfléchir, elle lui malaxa un féroce, délicieuse recette composée d’avocat, de concombre, de morue hachée, de farine de manioc et y ajouta un beau piment bien rouge. Sans hésiter, Vanousse se régala de ce plat parfumé puis, il se leva et dit à sa mère :
- Maman…. Mère, je dois partir, j’ai à faire à la ville !
Et sans plus attendre, après avoir embrassé sa maman, il la quitta aussitôt.
C’est après avoir traversé une plantation d’ananas que Ti Vanousse rencontra des soldats du Roi, trapus comme des majors, il y en avait une bonne vingtaine qui essayait de charger sur un cabroué tiré par des bœufs, une charrette si tu préfères, un arbre énorme que l’on appelle aux Antilles, un gommier blanc.
A première vue, ils avaient beaucoup de mal à se débrouiller tout seuls.
Ti Vanousse s’approcha et leur dit :
- Et les hommes…laissez- moi vous aider les gars.
- Pas mélé, Pas mélé…. N’approche pas, n’approche pas lui crièrent les soldats.
Mais Ti Vanousse passa ses bras sous l’énorme tronc couché au sol, le souleva d’un coup et le posa avec délicatesse sur le cabrouet.
Quand le Roi entendit parler de l’exploit de Ti Vanousse, il le fit appeler mais Vanousse refusa :
- Je n’ai aucun maître !...
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